Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales Un atout pour le développement rural de la région de Tata ?
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Etudes thématiques en vue du développement des oasis de la région de Tata (Maroc) effectuées par des étudiants du CNEARC
Etude n° 5

Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales 

Un atout pour le développement rural de la région de Tata ?

 

Etudiants du CNEARC :

Laure STEER

Mathieu GOUDET

Techniciens DPA / ALCESDAM :

Mustapha AKCHOUR

Edition :

P. JOUVE, C. SEUGE

Personnes ressources :

Hassan MOURADI

Abdellah

 

Présentation générale des études thématiques effectuées à Tata en 2004 Les oasis du Sud du Maroc sont des agroécosystèmes originaux et un élément important du patrimoine agronomique, écologique et culturel du monde rural méditerranéen. Mais de nombreuses menaces pèsent sur ces oasis qui mettent en péril leur durabilité. C’est pour contribuer à la reconnaissance de ce patrimoine et à une meilleure connaissance de ces agroécosystèmes qu’une première étude a été effectuée en mars 2003 par des étudiants du CNEARC.

Cette étude répondait à une demande formulée par l’ALCESDAM (Association de lutte contre l’érosion, la sécheresse et la désertification au Maroc) et la Direction Provinciale de l’Agriculture de la Province de Tata. Cette première étude a permis d’analyser le fonctionnement de quatre oasis de la région : les oasis de Laayoune, Tagmout, Aït Hemmane et Agadir Lehna 1. Elle a mis en évidence la grande diversité de ces oasis en fonction de leur situation géographique, de l’histoire de leur peuplement et de leurs disponibilités respectives en eau et en terre. Cette diversité souvent mal perçue nécessite de définir avec les populations les actions de développement les plus appropriées à chaque type d’oasis. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire en proposant pour chaque oasis des axes de développement.

Afin d’approfondir l’étude de ces axes de développement une deuxième étude a été effectuée en mars 2004 par un nouveau groupe d’étudiants et d’enseignants du CNEARC.

En accord avec l’ALCESDAM et la DPA cinq thèmes d’études ont été retenus :

1. La réhabilitation des palmeraies

La palmeraie est au coeur de l’oasis et en conditionne la survie. Or au cours des dernières décennies beaucoup de palmeraies se sont dégradées sous l’action conjuguée de la sècheresse, du bayoud et de la migration de la force de travail.

Après avoir analysé ces différentes causes de déclin, cette première étude s’est attachée à étudier et évaluer les différents types d’actions entreprises par l’ALCESDAM et la DPA pour enrayer ce déclin et réhabiliter les palmeraies dégradées.

2. Les khettaras

Dans la région de Tata, la plupart des oasis sont alimentées en eau par des Kkettaras, c’est à dire par des canalisations souterraines aménagées il y a plusieurs siècles qui permettent de drainer des nappes phréatiques et de conduire l’eau par gravité jusqu'à la palmeraie.

Ces systèmes ont demandé un gros investissement en travail lors de leur création mais ensuite, ils assurent la distribution de l’eau de façon économique et écologique. Cependant ces systèmes ingénieux de mobilisation de l’eau sont menacés par la dégradation physique de la galerie souterraine quand elle n’est pas entretenue mais aussi par la complexification des règles sociales de distribution de l’eau. Ce sont ces différents problèmes qu’aborde cette deuxième étude en distinguant deux grands types de khettaras : les khettaras d’oued et les khettaras de plaine.

3. Rôle et place des femmes dans le développement oasien

Cette thématique s’est pratiquement imposée à nous dès lors que nous nous sommes aperçus que dans de nombreux oasis, la migration des hommes dans les régions nord du Maroc ou à l’étranger, avait conduit les femmes à occuper une place prépondérante dans le fonctionnement des unités de production et plus globalement dans celle des oasis. Mais là aussi, la situation est très contrastée d’une oasis à l’autre en fonction notamment de l’histoire du peuplement. C’est l’oasis de Tagmout qui a été retenue, dans un premier temps, pour étudier en détail la situation des femmes et leurs projets. L’étude a été ensuite élargie à d’autres oasis afin d’analyser les actions déjà entreprises pour améliorer la condition féminine et les rapports de genre au sein des oasis.

4. Les cultures sur épandage de crues.

A l’occasion de l’étude effectuée en 2003, nous avons découvert qu’il y avait une vie en dehors des oasis proprement dites. En effet nous nous sommes aperçus que les populations de nombreuses oasis pratiquaient des cultures non irriguées sur des zones d’épandage de crue. Ces cultures situées souvent à plusieurs kilomètres de l’oasis sont évidemment très aléatoires mais elles présentent cependant un réel intérêt pour les agriculteurs et une opportunité à valoriser.

C’est dans cette perspective qu’ont été étudiés les différents systèmes de culture de décrue, leur fonctionnement agroéconomique, leur place dans l’économie des exploitations et des oasis et les possibilités d’améliorer ces systèmes.

5. Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales

Dès 2003 nous nous étions rendu compte que le développement des zones oasiennes devait s’efforcer de valoriser sinon les rentes de situation du moins les avantages comparatifs de ces zones par rapport notamment aux autres régions agricoles du pays.

Parmi ces avantages comparatifs il y a la possibilité de produire et/ou récolter des plantes qui ne poussent pas ou moins bien ailleurs et qui présentent un intérêt économique.

Parmi ces plantes il y a des plantes aromatiques telle que l’armoise, des plantes médicinales que l’on ne trouve qu’en zone aride et des plantes tinctoriales comme le henné.

Cette dernière étude a porté sur les conditions de production de ces différentes plantes, leur mode de commercialisation et les perspectives d’une meilleure valorisation des produits qui en sont tirés.

Les propositions résultant de ces différentes investigations ont été présentées et discutées avec les agriculteurs et agricultrices des oasis ainsi qu’avec les responsables de l’encadrement agricole.

Une fois de plus nous voudrions remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette étude collective, à commencer par les représentants de l’ALCESDAM : M. Raymond Loussert et Hassan Mouradi ainsi que les responsables de la DPA et en particulier tous les techniciens qui se sont joints aux étudiants pour effectuer les études de terrain. Nos remerciements vont également à M. Herbouz ; Gouverneur de la Province de Tata pour l’intérêt qu’il à porté à notre étude ainsi qu’à M. Moulay Mehdi Lahbibi, Président de la municipalité de Tata et membre actif de l’ALCESDAM dont l’aide et la connaissance de la région nous ont été très précieuses . Un grand merci également aux collègues qui ont participé à l’encadrement et à l’organisation du stage : Mireille Dosso, Stéphanie Druguet, Jean-Claude

Mouret, Louis Dupuy, Angeline Ducros.

Nous espérons que ce modeste exercice de formation, effectué à partir de deux semaines de terrain, constituera une contribution utile au développement de cette région dont la beauté des paysages et la qualité de l’accueil des populations ne peuvent laisser personne indifférent.

Philippe JOUVE

Sommaire

I Introduction………………………………………………………………………6

I.1 Contexte de l’étude : ............................................................................................7

I.2 Démarche et méthode : ........................................................................................8

II Une grande diversité de produits et de productions 11

II.1 Le henné.............................................................................................................11

II.2 Les plantes médicinales .....................................................................................19

II.3 Le miel................................................................................................................23

II.4 Les amandes, amandes amères, douces et amelou ............................................25

II.5 L'Amaghouss......................................................................................................28

III Actions entreprises et projets…………………………………………………… 30

III.1 Le henné : actions entreprises et projets ...........................................................30

III.2 Les plantes médicinales : actions entreprises et projets....................................35

III.3 Le miel : .............................................................................................................38

III.4 Les amandes : ....................................................................................................40

III.5 L’amaghouss : ....................................................................................................40

III.6 Qu’en est-il du safran ? .....................................................................................41

IV Conclusion ………………………………………………………………………43

Table des illustrations

Figure 1 : Carte de localisation de Tata 7

Figure 2 : Carte de localisation des sites d’étude 9

Figure 3 : Itinéraire technique du henné 14

Photo 1 : henné 11

Photo 2 : Tatouage au henné 13

Photo 3 : Parcelle de henné 15

Photo 4 : Séchoir en béton 16

Photo 5 : Stockage du henné 17

Photo 6 : Conduite du henné à Aït Hemanne 18

Photo 7 : Agaya 20

Photo 8 : Gartofa 20

Photo 9 : Différentes plantes médicinales 21

Photo 10 : Ruche en canes recouvertes de terre 24

Photo 11 : Rayon fait par les abeilles : aucune structure ne permet de les conserver après récolte 24

Photo 12 : Rucher traditionnel à Tagmout : la plupart des ruches sont en bois de palmier. 25

Photo 13 : Trous de vol d’une ruche en bois 25

Photo 14 : Amandiers en bordure de palmeraie avec une couverture d’orge 26

Photo 15 : Moulin pouvant servir à broyer les grenades pour en extraire le jus 28

Photo 16: Grenade acide 28

Photo 17: Amaghouss (1/2L) 28

Photo 18 : Poudre de henné 32

Introduction

La province de Tata a été créée récemment dans le sud du Maroc. Cette création a permis la construction de routes depuis une trentaine d'années, réduisant ainsi considérablement l'enclavement. Mais, située au pied de l’Anti-Atlas, elle n'en reste pas moins défavorisée par son éloignement. Cette marginalité pénalise de nombreuses activités.

Comparée à d'autres régions, celle de Tata présente donc des handicaps sur certains points (disponibilité en eau, éloignement). Dans ces conditions, la stratégie de développement à adopter est de valoriser ce que l'on appelle les avantages comparatifs locaux. En effet, par sa localisation, son contexte géographique, topographique et social, mais aussi grâce aux savoirs et savoir-faire locaux, cette province présente des avantages pour diverses productions.

C’est ce qui a été à l’origine de l’hypothèse sur laquelle est basée notre étude : les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales peuvent représenter un atout pour le développement rural local. Plusieurs éléments nous poussent à le penser :

- Ces plantes sont présentes de façon très diversifiée dans cette région.

- Il existe un regain d'intérêt pour la médecine traditionnelle au Maroc, et de façon plus générale, le marché des produits traditionnels s'étend au niveau international.

- Le henné à lui tout seul pet-être une plante motrice pour le développement : elle est connue et son marché se développe dans tout le Maghreb et en Europe.

Pour vérifier cette hypothèse, nous avons sélectionné diverses productions nous semblant intéressantes et nous en avons étudié le fonctionnement local actuel. Nous parlons de productions et non seulement de plantes, car il existe des activités permettant de valoriser des avantages comparatifs qui ne se limitent pas à une simple culture (ex : le miel). Dans une seconde partie, nous verrons les moyens d'amélioration et de valorisation possibles pour ces productions.

Rappelons enfin le cadre général dans lequel s’est effectué cette étude. Il s'agissait, dans un temps très réduit (10 jours), de caractériser les améliorations possibles des écosystèmes cultivés des oasis de la région de Tata. Pour cela, cinq thèmes d'étude privilégiés ont été préalablement définis : la réhabilitation des palmeraies, l'approvisionnement en eau, le rôle des femmes dans le développement rural, les cultures sur zone d'épandage de crues et les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales.

I.1 Contexte de l’étude :

Localisation :

Tata, chef-lieu de province, est une ville de 12 000 hab. située au pied de l’Anti-Atlas, à quelques kilomètres de la frontière algérienne. Les voies de communications ont été développées depuis 1977, date de la création de la province de Tata. Si elle n’est plus enclavée au sens propre, elle reste relativement éloignée des zones à forte activité commerciale (Agadir,

Casablanca, Rabat…).

Cette province de 26 000km² compte 127 000hab. répartis dans 150 oasis.

Figure 1 : Carte de localisation de Tata

Le milieu :

Le climat aride est de type saharien : les précipitations annuelles moyennes sont inférieures à

100mm/an et les températures maximales peuvent dépasser les 50°C. La végétation visible hors oasis est assez clairsemée. Seuls les espaces oasiens, grâce à la mobilisation d’eau, présentent une végétation abondante.

De plus, la variabilité climatique interannuelle est très grande. Elle entraîne des périodes de sécheresse qui durent parfois 2 à 3 ans. Ainsi, même au sein des oasis, l’eau est une ressource rare et convoitée.

Les zones non irrigables contrastent avec les oasis vertes et très anthropisées. Chaque oasis est généralement centrée sur une palmeraie.

La mise en valeur du milieu :

Une étude diagnostic de 4 oasis différentes de la région de Tata a été effectuée en 2003 par des étudiants du CNEARC (CNEARC, 2003). Il en découle que les oasis ont des modes de mise en valeur assez diversifiés.

La principale activité des populations des oasis est l’agriculture. Les palmeraies procurent souvent le principal revenu des familles ayant des terres et des droits d’eau. Trois strates peuvent entrer dans sa composition : herbacée, arborée et la strate supérieure formée par les palmiers dattiers. Elles permettent aussi bien de pratiquer des cultures de rente, que des productions vivrières et fourragères (dattes, fruits et céréales variés, légumes, luzerne, etc.).

Des parcelles consacrées au maraîchage sont parfois localisées à la périphérie des oasis, mais peuvent tout de même bénéficier de l’eau présente dans l’oasis (puits ou khettara). Les terres extérieures aux oasis sont irriguées par pompage ; elles permettent de cultiver des espèces particulières (maraîchage, henné, etc.). Enfin, certaines zones, éloignées des oasis sont des zones d’épandage de crue où il n’y a pas d’irrigation mais où l’eau stockée dans le sol permet une culture de céréale assez aléatoire.

L’élevage est souvent limité à quelques ovins, mais une complémentation, voire un apport total de fourrages (constitué par la luzerne cultivée dans les palmeraies) est nécessaire. Il existe cependant une réelle dynamique autour de l’élevage de la race oasienne D’man, qui est très prolifique.

Cadre institutionnel :

L’ALCESDAM (Association pour la Lutte contre l’Erosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc) œuvre dans la région de Tata depuis 1985. Ses objectifs sont :

- l’amélioration des ressources en eau et leur gestion dans les oasis

- la lutte contre le dépérissement des palmeraies

Cette ONG aide ainsi des agriculteurs à s’organiser, à réhabiliter des palmeraies, à mettre en culture de nouvelles parcelles. Pour cela, elle utilise une approche participative (la demande Zient des agriculteurs) et se restreint aux démarches collectives. C’est en réponse à la demande de cette association que nous avons effectué ce stage collectif au Maroc.

L’autre structure avec laquelle nous avons travaillé est étatique : il s’agit de la DPA de Tata

(Direction Provinciale de l’Agriculture). Elle participe à de nombreux projets de développement agricole dans la région et a pu mettre à notre disposition les compétences de plusieurs personnes.

I.2 Démarche et méthode :

Les plantes médicinales et tinctoriales, ainsi que le miel sont des productions qui n’ont jusqu’à présent été que peu étudiées dans la région. Il existe donc peu de références sur ce sujet. Le but de cette étude est de mettre en évidence la diversité de ces produits et de comprendre les modes de collecte et les systèmes de culture de ces plantes (lorsqu’il s’agit de plantes cultivées). Mais plus qu’une étude sur la façon de cultiver ou de récolter ces plantes, il s’agit surtout de mesurer leur importance économique et leur contribution au revenu des familles. Nous chercherons aussi à comprendre comment ces productions s’articulent aux productions « classiques » des oasis.

Dans un deuxième temps, nous chercherons à analyser les filières concernées par ces produits (depuis la production jusqu’à l’utilisation) et la façon dont les acteurs de ces filières s’organisent. Cela permettra de faire un bilan des actions qui ont été entreprises et d’essayer de suggérer des pistes pour développer ces filières et mieux valoriser ces produits. Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé les différents acteurs de la filière sous forme d’entretien semi-directifs. Cette étude étant un exercice de formation en temps limité, nous avons seulement interrogé un petit nombre de personnes à tous les niveaux de la filière : producteurs, commerçants, utilisateurs, herboristes… Il ne s’agit donc pas de faire une étude exhaustive de ces plantes mais plutôt d’identifier quelques-uns de ces produits et de leurs usages en se basant sur les savoirs et les savoirs-faire locaux ainsi que sur les pratiques paysannes. Le but n’est en effet pas d’imposer des productions aux agriculteurs mais de mieux valoriser les plantes déjà cultivées ou utilisées localement. Nous avons cherché aussi à comprendre les conditions d’adoption de certaines productions à forte valeur ajoutée que les agriculteurs envisagent de mettre en place.

Nous avons identifié différents produits plus ou moins mis en valeur dans ces oasis sur lesquels nous baserons cette étude. Il s’agit du henné, des plantes et produits médicinaux, du miel, des amandes douces et amères et du safran. Nous avons choisi nos sites d’enquêtes en fonction de ces produits et en collaboration avec l’ALCESDAM : Foum Zguid et Aït Hemmane pour le henné, Tagmout pour le miel, les amandes et le safran, Tissint, Tagmout et Foum Zguid pour les plantes médicinales (fig.2)

Figure 2 : Carte de localisation des sites d’étude

II Une grande diversité de produits et de productions

II.1 Le henné

Généralités

La plante : caractéristiques biologiques

Le henné ou lawsonia inermes appartient à la famille des lythracées. Il est également connu sous le nom de alkana ou réséda. Il s’agit d’une plante pérenne dont la durée de vie peut dépasser cinquante ans. C’est un arbuste ramifié qui peut atteindre jusqu’à prés de 2 m de haut et dont les fleurs sont rose ou blanches, à quatre pétales, disposées en grappe. Ce sont les feuilles qui sont utilisées comme teinture pour les cheveux ou comme tatouage temporaire.

Photo 1 : henné

Origine

Le henné serait originaire d’une région allant du sud de l’Iran et de la Mésopotamie au Bélouchistan. Il aurait suivi la migration des peuples ; il serait arrivé dès l’Antiquité en Inde du nord, puis s’est déplacé vers l’ouest de la Syrie et enfin en Egypte. Dans le Maroc préislamique le tatouage au henné était totalement inconnu. La conquête musulmane a eu des incidences sur les pratiques esthétiques et culturels des tribus berbères : les Arabes en provenance du moyen orient ont diffusé largement l’usage du henné pour les fêtes et les cérémonies.

Actuellement, le henné est cultivé dans tout le proche orient, en Iran dans l’Inde Occidentale et la Chine. En Afrique il est cultivé notamment dans le Maghreb, le Sénégal et le Mali.

Usages

Le henné à un double langage, celui de la séduction et de la magie, à travers les différents rituels auxquels il participe.

Le henné est une plante qui fait partie de l'environnement traditionnel. Profondément ancré dans les us et coutumes, il tient une place de choix dans la vie quotidienne marocaine.

Les femmes font un usage courant du henné pour teindre elles-mêmes leurs cheveux, leurs mains et leurs pieds. Pour des applications élaborées elles recourent aux femmes appelées hennayat, véritables artistes qui officient également pour les cérémonies.

La pâte de henné est composée de feuilles séchées, pilées, auxquelles on ajoute du jus de citron et de l'eau chaude ce qui produit une matière onctueuse, dont la couleur peut être intensifiée en ajoutant d'autres ingrédients, dont le secret est bien gardé. Les hennayats dessinent sur les mains, sur les pieds, une belle calligraphie où foisonnent arabesques et symboles dont l'origine est secrète. Jadis, les hennayats utilisaient un bâtonnet effilé pour ébaucher de fines lignes, de subtiles croix, aujourd'hui elles utilisent des seringues de calibre différent, et avec une précision étonnante, elles tracent leurs dessins. Les symboles utilisés pour les tatouages ont des significations bien précises : par exemple, le cercle est un symbole de l’absolu, la spirale symbolise l’harmonie ; elle exprime le devenir et l’éternel retour…

Photo 2 : Tatouage au henné

On dit que le henné est un signe de bonne chance. Une tache de henné dans la main droite permet de se protéger contre le mauvais sort. C’est ce que font les hommes lors de la fête de l’Aïd. Du henné est aussi appliqué sur la tête du mouton qui va être égorgé et celui-ci doit aussi en manger un peu.

Avec le développement des tatouages temporaires au henné dans les villes marocaines et en

Europe, le savoir-faire des hennayats modernes s'est adapté à la demande des jeunes générations ; elles présentent un catalogue de photographies, où chaque femme peut choisir le graphisme qu’elle souhaite.

Enfin, en plus de ses vertus tinctoriales, le henné est aussi reconnu pour ses qualités médicinales. En effet, il peut être utilisé contre les maux d’estomacs, la fièvre. Il est appliqué en cataplasme pour la cicatrisation des plaies et des abcès et pour soigner les entorses.

Caractéristiques agronomiques du henné

La culture du henné nécessite des sols bien aérés, bien drainés généralement caillouteux et avec un taux de limon relativement faible. Pour ces raisons, le sol des palmeraies n’est pas vraiment adapté à cette culture. Les sols plus favorables sont ceux des zones bour (non irriguées)

Il s’agit d’une plante du désert et elle supporte donc bien les fortes chaleurs. Pour autant, ses besoins en eaux sont relativement importants. Dans le contexte du sud du Maroc, cette culture nécessite une irrigation régulière et importante.

Il existe certains bioagresseurs de cette culture (des vers qui s’attaquent aux feuilles ainsi que des insectes piqueurs) mais ils ne semblent pas poser de problèmes particuliers aux agriculteurs. Il faut de plus noter que cette plante n’est pas attaquée par les criquets.

Le henné à Foum Zguid

Place du henné dans la région de Foum Zguid

Foum Zguid se situe à une centaine de km à l’est de Tata. Cette région est actuellement la deuxième région productrice de henné du Maroc. La majorité des agriculteurs ont des parcelles de henné bien que les superficies cultivées restent pour l’instant relativement faibles.

Le henné est conduit au ras du sol et coupé régulièrement.

Dans le douar où nous avons enquêté, il n’y a pas à proprement parler d’oasis. En effet, les terres cultivées sont des terres bour irriguées grâce à des puits privés. Jusqu’aux années 60, il y avait une khettara et donc une organisation collective de l’irrigation mais l’entretien de la

khetarra a été progressivement abandonné et les agriculteurs ont commencé à s’approprier des terres bour (qui étaient des terres collectives) pour construire des puits privés.

En plus du henné on retrouve les cultures classiques de la région : palmiers dattiers, blé, orge, arbres fruitiers. L’élevage occupe aussi une place importante dans les activités de la région.

La plupart des agriculteurs ont une bergerie et élève des brebis de la race D’man.

Conduite des pépinières

Obtention des semences :

Pour mettre en place une nouvelle parcelle de henné, les agriculteurs récupèrent des graines sur un arbre. Pour cela, les agriculteurs laissent toujours pousser quelques arbres en bordure des parcelles. Les graines sont ensuite plongées dans de l’eau pour les nettoyer. Elles sont frottées pour en enlever l’écorce. Elles sont ensuite humidifiées et placées dans un sac pour qu’elles germent.

Conduite des jeunes plants :

Les agriculteurs mettent assez souvent en place des pépinières. Dans certains cas c’est pour renouveler des vieilles parcelles (mais cela reste rare car le henné est installé en général pour plus de 30 ans) mais le plus souvent c’est pour installer de nouvelles parcelles. Le sol des pépinières est labouré et recouvert de fumier d’âne avant d’être semé au printemps (entre avril et juin). Les plants restent un an dans la pépinière avant d’être repiqués. Une pépinière permet d’installer une parcelle d’une taille trente à quarante fois plus grande que celle de la pépinière.

Les jeunes plants sont irrigués tous les jours pendant la première semaine, puis tous les 2 jours pendant 2 semaines et ensuite deux fois par semaine. Les parcelles sont aussi régulièrement désherbées.

Lorsque les agriculteurs ne peuvent pas faire de pépinières, ils ont la possibilité de planter directement un morceau de racine coupée.

Conduite de la parcelle de henné

Figure 3 :Itinéraire technique du henné

Entretien des parcelles en début de campagne :

Cet entretien consiste en un désherbage de la parcelle et un apport de fumier. Le désherbage se fait à la main à l’aide d’une faucille. Cette opération est souvent réalisée par les femmes. Il s’agit le plus souvent de main d’œuvre salariée, les femmes étant payées 20 Dh par jour.

L’apport de fumier est nécessaire : il faut en général appliquer la quantité de 4 à 5 camions par hectare et par an, ce qui correspond à un prix de 10 000 à 12 500 Dh par an et par hectare.

Ce prix est très élevé et une grande partie des producteurs ne peut donc pas se le permettre.

Cette quantité est de plus trop importante pour pouvoir être produite sur l’exploitation.

Irrigation :

Les parcelles sont régulièrement irriguées : deux fois par semaine pendant la période de coupe, une fois en dehors de cette période. La fréquence des irrigations est cependant adaptée en fonction du climat. Les pompes pour l’exhaure de l’eau sont alimentées grâce à des bouteilles de gaz, ce qui constitue un système plus économique que les pompes à gazoil ou éléctriques. Une journée d’irrigation nécessite de 2 à 3 bouteilles de gaz c’est à dire de 100 à 120 Dh par jour.

Photo 3 : Parcelle de henné

Coupe :

 La période de coupe s’étend d’avril à novembre. En général, les producteurs effectuent quatres coupes. La qualité de ces coupes n’est pas identique. La quatrième coupe est souvent de faible qualité et les producteurs décident parfois de ne pas la faire. Cette opération demande beaucoup de travail : pour une coupe sur un hectare, 12 personnes sont nécessaires pendant prés d’un mois. La main d’œuvre est parfois difficile à trouver même si des ouvriers viennent parfois d’autres régions du Maroc pour cette opération. La production moyennne est de 4t par hectare et par coupe.

Apports d’engrais et traitements :

Lors de chaque coupe, les agriculteurs appliquent des engrais, des herbicides et des insecticides.

Opérations post récoltes

Séchage :

Après la coupe, le henné est disposé dans un séchoir. Ces séchoirs peuvent être en pisé ou en béton. Le séchage dure de 4 à 8 jours en fonction du climat. Le séchoir est conçu pour protéger le henné contre la pluie et le soleil tout en favorisant une bonne aération. En effet, le soleil risque de brûler les feuilles et la pluie risque de les faire moisir. A l’intérieur du séchoir,les feuilles sont disposées sur des claies qui peuvent être en métal ou fabriquées à l’aide de cannes. On peut noter qu’il existe un système d’entraide pour les producteurs qui n’ont pas de séchoir : Ceux qui en ont mettent gratuitement leur séchoir à la disposition de leurs amis.

Photo 4 : Séchoir en béton

Récupération des feuilles :

Après le séchage, le henné est regroupé en tas au milieu du séchoir. Les feuilles sont séparées des tiges à l’aide d’une fourche, en les retournant les secouant et les battant légèrement. Les feuilles sont ensuite placées dans des sacs de 20kg.

Commercialisation du henné

Le henné est vendu en feuilles. Au Maroc, le marché principal du henné se situe à Marrakech.

Ainsi, ce sont des acheteurs de Marrakech qui fixent les prix puis viennent dans la région prendre livraison des feuilles de henné. Il est ensuite transporté à Marrakech, moulu, ensaché et vendu sur place et dans tout le pays. Le prix est soumis à une forte variabilité : il fluctue entre 4 et 25 Dh le kilo pour le henné vendu en feuilles (cette année, par exemple, le kilo de feuilles de henné se vend autour de 9 Dh). Ainsi, à l’heure actuelle le seul moyen des producteurs pour lutter contre la variation des prix reste le stockage. Lorsqu’ils n’ont pas un besoin urgent de trésorerie et qu’ils ont un local à disposition, les agriculteurs choisissent parfois de stocker les sacs de feuilles pour les vendre quand les prix sont meilleurs.

Photo 5 : Stockage du henné

Un petit nombre d’agriculteurs a investi dans un moulin pour traiter leur henné. Ils achètent aussi le henné à d’autres producteurs pour le moudre et le vendre ensuite. Cela leur permet de le vendre à un prix plus élevé. D’autres choisissent d’aller eux même à Marrakech pour vendre leur production. Ces deux stratégies ont le même but : réduire le nombre d’intermédiaires et récupérer une plus grande part de la valeur ajoutée.

Qualité du henné Après l’achat, le henné est classé en 4 catégories en fonction de sa qualité. Bien que le prix d’achat au producteur soit identique, il est ensuite revendu à des prix différents :

La qualité du henné dépend de la couleur (il doit être bien vert), de la quantité de débris présents (seules les feuilles ont un pouvoir tinctorial) et de son humidité.

Valeur ajoutée par hectare

Production brute : 144 000 Dh

Consommation intermédiaire :

 Fumier : 10 000 Dh

 Engrais : - K : 2400 Dh

Urée : 1400Dh

P : 4320 Dh

Insecticide : 2000 Dh

Gaz pour l’irrigation : 9600Dh

VAB = 114 280 Dh par hectare

Frais de main d’œuvre :

Désherbage : 3 femmes pendant 6 jours : 360 Dh

Récolte : 10 personnes pendant 20 jours par coupe : 24 000 Dh

 MB = 89 920 Dh par hectare

Autre conduite du henné : comparaison Foum Zguid et Aït Hemmane

Dans la région de Tata, Foum Zguid est la principale zone de production du henné. Pour autant, il existe des producteurs de henné dans d’autres douars. Dans certains douars, le henné peut être cultivé à petite échelle, dans les jardins, le plus souvent par les femmes. Dans ce cas, le henné produit sert uniquement à l’autoconsommation de la famille. Nous avons choisi de nous intéresser à un cas intermédiaire. Pour cela nous avons choisi le douar de Aït Hemmane où le henné est cultivé dans des parcelles mais reste encore peu commercialisé.

Photo 6 : Conduite du henné à Aït Hemanne

Comparaison Foum Zguid/Aït Hemmane

II.2 Les plantes médicinales

Diversité des plantes médicinales

Il existe au Maroc une grande diversité de plantes qui ont des vertus médicinales. Parmi les 40

000 espèces végétales existantes au Maroc, plus de 280 plantes sont actuellement exploitées.

L'origine de l'exploitation de ces ressources remonte à l’Antiquité. Le transport se faisait par caravane depuis la région d'Agadir. Cette activité a continué de s'exercer d'une façon traditionnelle.

Mais il ne s’agit pas pour autant uniquement de tradition car ces plantes sont toujours véritablement utilisées dans les familles. En effet, la totalité des gens que nous avons rencontrés utilise les plantes médicinales et une grande partie d’entre eux récoltent occasionnellement des plantes. Ce phénomène peut être relié à trois facteurs majeurs :

- Les familles de la région ont des revenus faibles et elles se tournent donc de plus en plus vers la médecine traditionnelle qui reste peu chère.

- Malgré le développement des infrastructures, les oasis restent des zones enclavées. Ainsi, il n’est pas toujours facile d’avoir accès au système de santé moderne alors qu’on trouve des plantes médicinales dans tous les villages.

- Enfin, au Maroc comme en Europe on assiste actuellement à une réelle évolution des mentalités. Les gens sont de plus en plus attirés par les remèdes « naturels ».

Ces trois facteurs sont des éléments déterminants pour la prise en compte et le développement de l’usage des plantes médicinales.

Photo 7 : Agaya

Photo 8 : Gartofa

Les plantes médicinales dans la zone d’étude

Nous avons mis en évidence deux situations différentes dans notre zone d’étude.

Dans toutes les oasis, il y a de la cueillette de plantes médicinales pour une utilisation traditionnelle. Ces plantes sont le plus souvent autoconsommées même si elles se vendent parfois localement à des prix très faibles.

Il y a cependant une exception dans le cas de l’armoise : Une société de Marrakech vient régulièrement dans les villages. Celle-ci passe des contrats avec les communes pour acheter l’armoise qui pousse sur le territoire villageois. Ainsi, la société paye la main d’œuvre, c’est à dire essentiellement les femmes pour récolter ces plantes.

La situation est différente à Tissint (ville située à 60 kilomètres à l’est de Tata). En effet, cette ville est réputée pour ses herboristes. Sur les cinq quartiers que compte la ville, un est spécialisé dans cette activité : sur les 260 familles de ce quartier, 200 sont des herboristes.

Ces herboristes ne se contentent pas de cueillir et de vendre des plantes, ce sont en fait de véritables médecins traditionnels. Chaque herboriste choisit ses plantes et réalise ses propres mélanges adaptés à chaque « patient ». Il faut noter que les herboristes de Tissint sont en majorité originaire d’Afrique sub-saharienne. Leur savoir est originaire de cette région (et d’ailleurs, certaines plantes en proviennent toujours) et s’est transmis de génération en génération. Mais la spécialisation dans cette activité est aussi la conséquence de l'organisation sociale du village. En effet, ces herboristes n'ont pas d'accès à la terre et à l'eau et ils ne peuvent donc pas avoir de revenus par l'agriculture. Dans ce contexte, l'herboristerie leur permet de vivre et de subvenir aux besoins de leur famille.

Usage des plantes médicinales

Les villageois de la région de Tata connaissent et utilisent les plantes médicinales. Leur connaissance est cependant générale et les villageois vont parfois consulter des herboristes pour certains problèmes particuliers. Il faut d’ailleurs noter que comme en médecine classique il existe des herboristes « généralistes » et des herboristes « spécialisés ». En ce qui concerne les plantes, il en est de même car certaines plantes ont de très nombreux usages médicinaux (comme nous l’a dit une villageoise, « cette plante (timzira), elle est bonne pour tout » ) alors que d’autres sont très spécialisées.

La majorité des plantes médicinales sont des plantes de montagne même si certaines poussent aux environs du village. Les plantes sont le plus souvent cueillies directement par les familles.

Mais ces familles ne vont en général pas en montagne spécifiquement pour cueillir les plantes : elles en récupèrent par exemple lorsqu'elles vont moissonner l'orge de montagne.

D'autres plantes poussent parfois très loin du village et celles ci sont souvent achetées aux herboristes par les villageois.

Photo 9 : Différentes plantes médicinales

Valorisation des plantes médicinales

Il existe en général peu de valorisation des plantes médicinales : après la récolte, celles ci sont mises à sécher et utilisées telles quelles pour des infusions. Elles ne sont pas conditionnées ou alors en très gros sac.

Il y a très peu de commercialisation, sauf dans le cas de Tissint. En effet, dans ce village la vente des plantes médicinales représente le seul moyen de subsistance de toute une partie de la population. Les herboristes de Tissint se déplacent dans tout le Maroc pour vendre leurs plantes mais chacun a son propre circuit de commercialisation. Il y a deux principaux modes de vente de ces plantes : sur les souks (principalement ceux des grandes villes) et sur commande. En effet, ces herboristes ont un réseau de clients bien établi qui les appellent pour obtenir les plantes dont ils ont besoin. Ainsi, les hommes des familles d'herboristes voyagent tout au long de l'année. Ils ne rentrent à Tissint que pour l'Aïd. Ils profitent de ce retour pour se fournir en plantes que leur femme et leurs enfants ont récoltées pendant toute l'année.

II.3 Le miel

L'aridité du climat n'est pas favorable à une production de miel en grosse quantité. Cependant, de nombreuses espèces de plantes mellifères sont présentes dans la région, dont la plupart ont des vertus médicinales. Il en résulte que le miel obtenu est un produit de qualité, assimilé à un médicament. On trouve deux races d'abeilles: l'abeille tellienne (Apis mellifica intermissa Buttel-Reepen) et surtout la " saharienne " ou abeille dorée du Sahara (Apis mellifica sahariensis) L'apiculture étant peu développée, il nous a semblé nécessaire d'étudier cette production de plus près.

La zone de production :

L'espace pastoral dans lequel on trouve des plantes mellifères est vaste. Cependant, les oasis d'altitude se prêtent plus au développement de l'apiculture, car les abeilles peuvent y trouver des fleurs toute l'année. Ceci est d'autant plus vrai les années de sécheresse qui sont fatales à une partie des essaims, même en zone montagneuse.

Ainsi nous avons étudié l'apiculture dans l'oasis de Tagmout qui est une oasis de montagne.

Le produit "miel de la région de Tata" :

Comme nous le disions en introduction, le miel qui est vendu dans la région est un produit de qualité, très recherché.

La place du miel dans la culture islamique, mais surtout marocaine est importante. Cité dans le Coran comme bénéfique pour la santé, ce produit est bien sur un aliment, mais également un médicament largement utilisé dans la médecine traditionnelle à cause de ses propriétés intrinsèques qui en font une panacée capable de guérir presque tous les maux, mais également comme édulcorant pour adoucir diverses préparations. Il entre aussi dans la confection de mets fortifiants ou aphrodisiaques.

En aucun cas il n'est assimilé par la population marocaine à du simple miel de table (obtenu dans des régions produisant du miel en plus grande quantité) Il est consommé à petite dose, en tant "qu'alicamant". Il doit sa renommé notamment au thym mais aussi aux nombreuses autres plantes médicinales qui entrent dans sa composition. Des commandes sont passées de tout le pays aux producteurs Tagmoutis. La demande est très supérieure à l'offre actuelle. Le prix du kilo est supérieur à 250Dh (~25€) et peut atteindre 400Dh (~40€).

La conduite technique :

Le rucher est conduit de façon traditionnelle.

Des essaims sauvages sont récoltés en début de campagne, tôt dans la journée pour profiter de l'engourdissement par le froid. Sinon, ils peuvent être achetés à d'autres apiculteurs, même si la plupart sont offerts entre amis. En effet, nous verrons que l'essaimage est fréquent et permet de multiplier rapidement le nombre de ruches.

La ruche traditionnelle utilisée est un cylindre en vannerie de canne. Sa longueur est de 1,20m et son diamètre de 0,30m.

Fermé aux deux extrémités par un plateau tressé ou une planche, il est enduit d'une épaisseur de 2 à 3 cm de terre qui assure l'étanchéité.

Les trous de vol sont situés au bas de chaque couvercle.

Elles sont souvent installées côte à côte à même le sol ou sur une étagère, quelquefois sous un auvent. Dans les oasis, on trouve cependant de nombreuses ruches en bois de palmier, fabriquées par les apiculteurs eux-mêmes. Dans les deux cas, elles sont de petite taille et ne peuvent que très rarement abriter plus de 10 000 abeilles. Elles ne comportent pas de rayon, ce qui contraint les abeilles à tout reconstruire après chaque récolte.