Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales Un atout pour le développement rural de la région de Tata ?
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Etudes thématiques en vue du développement des oasis de la région de Tata (Maroc) effectuées par des étudiants du CNEARC
Etude n° 5

Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales 

Un atout pour le développement rural de la région de Tata ?

 

Etudiants du CNEARC :

Laure STEER

Mathieu GOUDET

Techniciens DPA / ALCESDAM :

Mustapha AKCHOUR

Edition :

P. JOUVE, C. SEUGE

Personnes ressources :

Hassan MOURADI

Abdellah

 

Présentation générale des études thématiques effectuées à Tata en 2004 Les oasis du Sud du Maroc sont des agroécosystèmes originaux et un élément important du patrimoine agronomique, écologique et culturel du monde rural méditerranéen. Mais de nombreuses menaces pèsent sur ces oasis qui mettent en péril leur durabilité. C’est pour contribuer à la reconnaissance de ce patrimoine et à une meilleure connaissance de ces agroécosystèmes qu’une première étude a été effectuée en mars 2003 par des étudiants du CNEARC.

Cette étude répondait à une demande formulée par l’ALCESDAM (Association de lutte contre l’érosion, la sécheresse et la désertification au Maroc) et la Direction Provinciale de l’Agriculture de la Province de Tata. Cette première étude a permis d’analyser le fonctionnement de quatre oasis de la région : les oasis de Laayoune, Tagmout, Aït Hemmane et Agadir Lehna 1. Elle a mis en évidence la grande diversité de ces oasis en fonction de leur situation géographique, de l’histoire de leur peuplement et de leurs disponibilités respectives en eau et en terre. Cette diversité souvent mal perçue nécessite de définir avec les populations les actions de développement les plus appropriées à chaque type d’oasis. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire en proposant pour chaque oasis des axes de développement.

Afin d’approfondir l’étude de ces axes de développement une deuxième étude a été effectuée en mars 2004 par un nouveau groupe d’étudiants et d’enseignants du CNEARC.

En accord avec l’ALCESDAM et la DPA cinq thèmes d’études ont été retenus :

1. La réhabilitation des palmeraies

La palmeraie est au coeur de l’oasis et en conditionne la survie. Or au cours des dernières décennies beaucoup de palmeraies se sont dégradées sous l’action conjuguée de la sècheresse, du bayoud et de la migration de la force de travail.

Après avoir analysé ces différentes causes de déclin, cette première étude s’est attachée à étudier et évaluer les différents types d’actions entreprises par l’ALCESDAM et la DPA pour enrayer ce déclin et réhabiliter les palmeraies dégradées.

2. Les khettaras

Dans la région de Tata, la plupart des oasis sont alimentées en eau par des Kkettaras, c’est à dire par des canalisations souterraines aménagées il y a plusieurs siècles qui permettent de drainer des nappes phréatiques et de conduire l’eau par gravité jusqu'à la palmeraie.

Ces systèmes ont demandé un gros investissement en travail lors de leur création mais ensuite, ils assurent la distribution de l’eau de façon économique et écologique. Cependant ces systèmes ingénieux de mobilisation de l’eau sont menacés par la dégradation physique de la galerie souterraine quand elle n’est pas entretenue mais aussi par la complexification des règles sociales de distribution de l’eau. Ce sont ces différents problèmes qu’aborde cette deuxième étude en distinguant deux grands types de khettaras : les khettaras d’oued et les khettaras de plaine.

3. Rôle et place des femmes dans le développement oasien

Cette thématique s’est pratiquement imposée à nous dès lors que nous nous sommes aperçus que dans de nombreux oasis, la migration des hommes dans les régions nord du Maroc ou à l’étranger, avait conduit les femmes à occuper une place prépondérante dans le fonctionnement des unités de production et plus globalement dans celle des oasis. Mais là aussi, la situation est très contrastée d’une oasis à l’autre en fonction notamment de l’histoire du peuplement. C’est l’oasis de Tagmout qui a été retenue, dans un premier temps, pour étudier en détail la situation des femmes et leurs projets. L’étude a été ensuite élargie à d’autres oasis afin d’analyser les actions déjà entreprises pour améliorer la condition féminine et les rapports de genre au sein des oasis.

4. Les cultures sur épandage de crues.

A l’occasion de l’étude effectuée en 2003, nous avons découvert qu’il y avait une vie en dehors des oasis proprement dites. En effet nous nous sommes aperçus que les populations de nombreuses oasis pratiquaient des cultures non irriguées sur des zones d’épandage de crue. Ces cultures situées souvent à plusieurs kilomètres de l’oasis sont évidemment très aléatoires mais elles présentent cependant un réel intérêt pour les agriculteurs et une opportunité à valoriser.

C’est dans cette perspective qu’ont été étudiés les différents systèmes de culture de décrue, leur fonctionnement agroéconomique, leur place dans l’économie des exploitations et des oasis et les possibilités d’améliorer ces systèmes.

5. Les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales

Dès 2003 nous nous étions rendu compte que le développement des zones oasiennes devait s’efforcer de valoriser sinon les rentes de situation du moins les avantages comparatifs de ces zones par rapport notamment aux autres régions agricoles du pays.

Parmi ces avantages comparatifs il y a la possibilité de produire et/ou récolter des plantes qui ne poussent pas ou moins bien ailleurs et qui présentent un intérêt économique.

Parmi ces plantes il y a des plantes aromatiques telle que l’armoise, des plantes médicinales que l’on ne trouve qu’en zone aride et des plantes tinctoriales comme le henné.

Cette dernière étude a porté sur les conditions de production de ces différentes plantes, leur mode de commercialisation et les perspectives d’une meilleure valorisation des produits qui en sont tirés.

Les propositions résultant de ces différentes investigations ont été présentées et discutées avec les agriculteurs et agricultrices des oasis ainsi qu’avec les responsables de l’encadrement agricole.

Une fois de plus nous voudrions remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette étude collective, à commencer par les représentants de l’ALCESDAM : M. Raymond Loussert et Hassan Mouradi ainsi que les responsables de la DPA et en particulier tous les techniciens qui se sont joints aux étudiants pour effectuer les études de terrain. Nos remerciements vont également à M. Herbouz ; Gouverneur de la Province de Tata pour l’intérêt qu’il à porté à notre étude ainsi qu’à M. Moulay Mehdi Lahbibi, Président de la municipalité de Tata et membre actif de l’ALCESDAM dont l’aide et la connaissance de la région nous ont été très précieuses . Un grand merci également aux collègues qui ont participé à l’encadrement et à l’organisation du stage : Mireille Dosso, Stéphanie Druguet, Jean-Claude

Mouret, Louis Dupuy, Angeline Ducros.

Nous espérons que ce modeste exercice de formation, effectué à partir de deux semaines de terrain, constituera une contribution utile au développement de cette région dont la beauté des paysages et la qualité de l’accueil des populations ne peuvent laisser personne indifférent.

Philippe JOUVE

Sommaire

I Introduction………………………………………………………………………6

I.1 Contexte de l’étude : ............................................................................................7

I.2 Démarche et méthode : ........................................................................................8

II Une grande diversité de produits et de productions 11

II.1 Le henné.............................................................................................................11

II.2 Les plantes médicinales .....................................................................................19

II.3 Le miel................................................................................................................23

II.4 Les amandes, amandes amères, douces et amelou ............................................25

II.5 L'Amaghouss......................................................................................................28

III Actions entreprises et projets…………………………………………………… 30

III.1 Le henné : actions entreprises et projets ...........................................................30

III.2 Les plantes médicinales : actions entreprises et projets....................................35

III.3 Le miel : .............................................................................................................38

III.4 Les amandes : ....................................................................................................40

III.5 L’amaghouss : ....................................................................................................40

III.6 Qu’en est-il du safran ? .....................................................................................41

IV Conclusion ………………………………………………………………………43

Table des illustrations

Figure 1 : Carte de localisation de Tata 7

Figure 2 : Carte de localisation des sites d’étude 9

Figure 3 : Itinéraire technique du henné 14

Photo 1 : henné 11

Photo 2 : Tatouage au henné 13

Photo 3 : Parcelle de henné 15

Photo 4 : Séchoir en béton 16

Photo 5 : Stockage du henné 17

Photo 6 : Conduite du henné à Aït Hemanne 18

Photo 7 : Agaya 20

Photo 8 : Gartofa 20

Photo 9 : Différentes plantes médicinales 21

Photo 10 : Ruche en canes recouvertes de terre 24

Photo 11 : Rayon fait par les abeilles : aucune structure ne permet de les conserver après récolte 24

Photo 12 : Rucher traditionnel à Tagmout : la plupart des ruches sont en bois de palmier. 25

Photo 13 : Trous de vol d’une ruche en bois 25

Photo 14 : Amandiers en bordure de palmeraie avec une couverture d’orge 26

Photo 15 : Moulin pouvant servir à broyer les grenades pour en extraire le jus 28

Photo 16: Grenade acide 28

Photo 17: Amaghouss (1/2L) 28

Photo 18 : Poudre de henné 32

Introduction

La province de Tata a été créée récemment dans le sud du Maroc. Cette création a permis la construction de routes depuis une trentaine d'années, réduisant ainsi considérablement l'enclavement. Mais, située au pied de l’Anti-Atlas, elle n'en reste pas moins défavorisée par son éloignement. Cette marginalité pénalise de nombreuses activités.

Comparée à d'autres régions, celle de Tata présente donc des handicaps sur certains points (disponibilité en eau, éloignement). Dans ces conditions, la stratégie de développement à adopter est de valoriser ce que l'on appelle les avantages comparatifs locaux. En effet, par sa localisation, son contexte géographique, topographique et social, mais aussi grâce aux savoirs et savoir-faire locaux, cette province présente des avantages pour diverses productions.

C’est ce qui a été à l’origine de l’hypothèse sur laquelle est basée notre étude : les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales peuvent représenter un atout pour le développement rural local. Plusieurs éléments nous poussent à le penser :

- Ces plantes sont présentes de façon très diversifiée dans cette région.

- Il existe un regain d'intérêt pour la médecine traditionnelle au Maroc, et de façon plus générale, le marché des produits traditionnels s'étend au niveau international.

- Le henné à lui tout seul pet-être une plante motrice pour le développement : elle est connue et son marché se développe dans tout le Maghreb et en Europe.

Pour vérifier cette hypothèse, nous avons sélectionné diverses productions nous semblant intéressantes et nous en avons étudié le fonctionnement local actuel. Nous parlons de productions et non seulement de plantes, car il existe des activités permettant de valoriser des avantages comparatifs qui ne se limitent pas à une simple culture (ex : le miel). Dans une seconde partie, nous verrons les moyens d'amélioration et de valorisation possibles pour ces productions.

Rappelons enfin le cadre général dans lequel s’est effectué cette étude. Il s'agissait, dans un temps très réduit (10 jours), de caractériser les améliorations possibles des écosystèmes cultivés des oasis de la région de Tata. Pour cela, cinq thèmes d'étude privilégiés ont été préalablement définis : la réhabilitation des palmeraies, l'approvisionnement en eau, le rôle des femmes dans le développement rural, les cultures sur zone d'épandage de crues et les plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales.

I.1 Contexte de l’étude :

Localisation :

Tata, chef-lieu de province, est une ville de 12 000 hab. située au pied de l’Anti-Atlas, à quelques kilomètres de la frontière algérienne. Les voies de communications ont été développées depuis 1977, date de la création de la province de Tata. Si elle n’est plus enclavée au sens propre, elle reste relativement éloignée des zones à forte activité commerciale (Agadir,

Casablanca, Rabat…).

Cette province de 26 000km² compte 127 000hab. répartis dans 150 oasis.

Figure 1 : Carte de localisation de Tata

Le milieu :

Le climat aride est de type saharien : les précipitations annuelles moyennes sont inférieures à

100mm/an et les températures maximales peuvent dépasser les 50°C. La végétation visible hors oasis est assez clairsemée. Seuls les espaces oasiens, grâce à la mobilisation d’eau, présentent une végétation abondante.

De plus, la variabilité climatique interannuelle est très grande. Elle entraîne des périodes de sécheresse qui durent parfois 2 à 3 ans. Ainsi, même au sein des oasis, l’eau est une ressource rare et convoitée.

Les zones non irrigables contrastent avec les oasis vertes et très anthropisées. Chaque oasis est généralement centrée sur une palmeraie.

La mise en valeur du milieu :

Une étude diagnostic de 4 oasis différentes de la région de Tata a été effectuée en 2003 par des étudiants du CNEARC (CNEARC, 2003). Il en découle que les oasis ont des modes de mise en valeur assez diversifiés.

La principale activité des populations des oasis est l’agriculture. Les palmeraies procurent souvent le principal revenu des familles ayant des terres et des droits d’eau. Trois strates peuvent entrer dans sa composition : herbacée, arborée et la strate supérieure formée par les palmiers dattiers. Elles permettent aussi bien de pratiquer des cultures de rente, que des productions vivrières et fourragères (dattes, fruits et céréales variés, légumes, luzerne, etc.).

Des parcelles consacrées au maraîchage sont parfois localisées à la périphérie des oasis, mais peuvent tout de même bénéficier de l’eau présente dans l’oasis (puits ou khettara). Les terres extérieures aux oasis sont irriguées par pompage ; elles permettent de cultiver des espèces particulières (maraîchage, henné, etc.). Enfin, certaines zones, éloignées des oasis sont des zones d’épandage de crue où il n’y a pas d’irrigation mais où l’eau stockée dans le sol permet une culture de céréale assez aléatoire.

L’élevage est souvent limité à quelques ovins, mais une complémentation, voire un apport total de fourrages (constitué par la luzerne cultivée dans les palmeraies) est nécessaire. Il existe cependant une réelle dynamique autour de l’élevage de la race oasienne D’man, qui est très prolifique.

Cadre institutionnel :

L’ALCESDAM (Association pour la Lutte contre l’Erosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc) œuvre dans la région de Tata depuis 1985. Ses objectifs sont :

- l’amélioration des ressources en eau et leur gestion dans les oasis

- la lutte contre le dépérissement des palmeraies

Cette ONG aide ainsi des agriculteurs à s’organiser, à réhabiliter des palmeraies, à mettre en culture de nouvelles parcelles. Pour cela, elle utilise une approche participative (la demande Zient des agriculteurs) et se restreint aux démarches collectives. C’est en réponse à la demande de cette association que nous avons effectué ce stage collectif au Maroc.

L’autre structure avec laquelle nous avons travaillé est étatique : il s’agit de la DPA de Tata

(Direction Provinciale de l’Agriculture). Elle participe à de nombreux projets de développement agricole dans la région et a pu mettre à notre disposition les compétences de plusieurs personnes.

I.2 Démarche et méthode :

Les plantes médicinales et tinctoriales, ainsi que le miel sont des productions qui n’ont jusqu’à présent été que peu étudiées dans la région. Il existe donc peu de références sur ce sujet. Le but de cette étude est de mettre en évidence la diversité de ces produits et de comprendre les modes de collecte et les systèmes de culture de ces plantes (lorsqu’il s’agit de plantes cultivées). Mais plus qu’une étude sur la façon de cultiver ou de récolter ces plantes, il s’agit surtout de mesurer leur importance économique et leur contribution au revenu des familles. Nous chercherons aussi à comprendre comment ces productions s’articulent aux productions « classiques » des oasis.

Dans un deuxième temps, nous chercherons à analyser les filières concernées par ces produits (depuis la production jusqu’à l’utilisation) et la façon dont les acteurs de ces filières s’organisent. Cela permettra de faire un bilan des actions qui ont été entreprises et d’essayer de suggérer des pistes pour développer ces filières et mieux valoriser ces produits. Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé les différents acteurs de la filière sous forme d’entretien semi-directifs. Cette étude étant un exercice de formation en temps limité, nous avons seulement interrogé un petit nombre de personnes à tous les niveaux de la filière : producteurs, commerçants, utilisateurs, herboristes… Il ne s’agit donc pas de faire une étude exhaustive de ces plantes mais plutôt d’identifier quelques-uns de ces produits et de leurs usages en se basant sur les savoirs et les savoirs-faire locaux ainsi que sur les pratiques paysannes. Le but n’est en effet pas d’imposer des productions aux agriculteurs mais de mieux valoriser les plantes déjà cultivées ou utilisées localement. Nous avons cherché aussi à comprendre les conditions d’adoption de certaines productions à forte valeur ajoutée que les agriculteurs envisagent de mettre en place.

Nous avons identifié différents produits plus ou moins mis en valeur dans ces oasis sur lesquels nous baserons cette étude. Il s’agit du henné, des plantes et produits médicinaux, du miel, des amandes douces et amères et du safran. Nous avons choisi nos sites d’enquêtes en fonction de ces produits et en collaboration avec l’ALCESDAM : Foum Zguid et Aït Hemmane pour le henné, Tagmout pour le miel, les amandes et le safran, Tissint, Tagmout et Foum Zguid pour les plantes médicinales (fig.2)