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Une fenêtre unique sur la vie ancienne au Maroc, montrant la coexistence d'invertébrés datant d'environ 539 millions d'années avec la faune d’Édiacara
On pensait que les formes de vie anciennes de l’Édiacarien avaient complètement disparu avant l’arrivée des animaux complexes du Cambrien. Mais, une découverte dans la région de Taroudant montre qu’elles ont pu vivre en même temps, au moins un moment. Les détails.
Apparus il y a environ 575 à 541 millions d’années, les organismes de la faune d’Édiacara représentent les premières formes de vie multicellulaires complexes connues. Jusqu’à présent, leur disparition était généralement interprétée comme brutale, les animaux plus modernes du Cambrien les ayant rapidement supplantés.
Une découverte, réalisée par une équipe internationale de chercheurs composée de scientifiques de l’Université Cadi Ayyad et d’Estonie, dans la région de Taroudant (Anti-Atlas occidental), remet en question ce scénario. Pour la première fois en Afrique du Nord, des fossiles édiacariens ont été retrouvés aux côtés de traces d’invertébrés cambriens, au sein d’une même séquence géologique.
Selon Abdelfattah Azizi, professeur-chercheur à la Faculté des sciences et techniques de Marrakech et responsable des fouilles, cette coexistence rare suggère une transition plus progressive qu’on ne le pensait entre deux étapes fondamentales de l’évolution.
Pr Abdelfattah Azizi: Nous avons découvert dans l’ouest de l’Anti-Atlas, au sud du Maroc, un site fossilifère exceptionnel datant d’environ 539 millions d’années, qui documente un moment très rare: la coexistence d’organismes de la faune d’Édiacara de formes de vie molles très anciennes avec les premiers invertébrés du Cambrien. Cette découverte offre un témoignage unique de la transition entre deux ères biologiques majeures, à la veille de l’explosion de la vie animale.
Qu’est-ce que la faune d’Édiacara?
La faune d’Édiacara désigne un groupe d’êtres vivants très anciens, apparus il y a environ 575 à 541 millions d’années, à la fin du Précambrien (Le Précambrien est la plus vieille ère de la Terre, où sont apparues les premières formes de vie, Ndlr), dans une période appelée l’Édiacarien (L’Édiacarien est la dernière période du Précambrien, marquée par l’apparition des premiers organismes multicellulaires, Ndlr).
Ce sont les premiers grands organismes multicellulaires connus dans le registre fossile. Ils vivaient sur les fonds marins peu profonds, souvent recouverts de tapis microbiens. Ils n’avaient ni coquille, ni squelette, ni organes visibles. Leur corps était mou, souvent plat ou en forme de disque, de plume ou de feuille.
Ils mesuraient quelques millimètres à plusieurs dizaines de centimètres et ne ressemblent à aucun animal actuel, même si certains montrent de vagues similarités avec des méduses, vers ou coraux. Parmi les organismes célèbres: l’Aspidella, une forme en disque, probablement fixée au fond marin.
Comment avez-vous identifié ce site fossilifère dans l’Anti-Atlas? Était-ce un hasard ou le fruit de recherches ciblées?
Ce site a été identifié dans le cadre de recherches géologiques ciblées menées depuis 2017 dans la région. Les premiers résultats portant sur la découverte des premières traces fossiles ont été publiés par la même équipe et dans la même revue en 2023. Nous savions que la Formation d’Adoudou contenait des roches de la bonne période (fin Édiacarien - début Cambrien), mais la découverte des fossiles s’est faite sur le terrain grâce à une observation attentive des affleurements, en combinant les connaissances stratigraphiques et des indices paléontologiques préliminaires.
Quels types de techniques ou d’analyses avez-vous utilisés pour identifier et dater les fossiles trouvés?
Nous avons combiné plusieurs méthodes. Il s’agit notamment d’analyses stratigraphiques pour comprendre la position des couches dans le temps ainsi que des observations morphologiques détaillées des fossiles, comparées à des collections internationales.
Nous avons eu également recours à des analyses sédimentologiques et microfossiles associées pour affiner le contexte environnemental, et surtout un calage biostratigraphique, basé sur la présence de fossiles-traces caractéristiques du début du Cambrien, qui sont de véritables marqueurs chronologiques.
Qu’est-ce qui rend cette découverte au Maroc unique par rapport aux autres sites mondiaux de la même période, comme ceux du Canada, de Chine ou d’Australie?
Ce site est le seul connu en Afrique du Nord à documenter aussi clairement la transition Édiacarien–Cambrien. À l’échelle mondiale, la coexistence directe de fossiles édiacariens avec des invertébrés cambriens reste extrêmement rare. Contrairement à d’autres sites, où les deux faunes apparaissent dans des couches séparées, ici elles sont enregistrées ensemble, dans la même séquence, ce qui offre une vision plus fine de cette transition écologique.
Comment avez-vous distingué les fossiles édiacariens des premiers invertébrés cambriens, parfois très proches en apparence?
Nous avons identifié les fossiles édiacariens grâce à leurs formes simples, symétriques et non segmentées, comme Aspidella ou Nimbia, caractéristiques de cette faune ancienne.
«À terme, notre ambition est de faire de ce site une référence mondiale pour l’étude de la transition Édiacarien–Cambrien.»
— Abdelfattah Azizi
En revanche, les traces fossiles attribuées aux premiers invertébrés, comme Treptichnus bifurcus, montrent des motifs de locomotion complexes et répétitifs — des comportements typiquement animaux. C’est donc le type de préservation et la nature des structures qui permettent de les distinguer.
Que révèle la coexistence d’organismes édiacariens et cambriens sur la nature réelle de la transition entre ces deux ères? Peut-on encore parler d’une extinction brutale?
Cette découverte remet en question l’idée d’une extinction brutale et instantanée. Elle suggère plutôt qu’il y a eu, dans certaines régions comme celle-ci, une coexistence temporaire entre les deux groupes. Cela appuie l’hypothèse d’un remplacement progressif ou localement différé, au lieu d’un effacement immédiat de la faune d’Édiacara.
Peut-on dire que cette découverte remet en question les hypothèses dominantes sur la disparition de la faune d’Édiacara?
Oui, partiellement. L’idée dominante était celle d’une disparition rapide, probablement causée par une extinction globale ou un changement environnemental majeur. Nos données montrent que certains organismes édiacariens ont persisté dans des environnements favorables, même après l’apparition des invertébrés cambriens. Cela ouvre la voie à des scénarios plus nuancés.
Comment ces nouvelles données enrichissent-elles notre compréhension de l’explosion cambrienne?
Elles montrent que l’apparition rapide des animaux ne s’est pas produite en vase clos, mais dans un contexte où des formes de vie plus anciennes coexistaient encore. Cela enrichit notre compréhension des dynamiques écologiques et évolutives de cette période, et permet de mieux cerner les étapes intermédiaires de l’explosion cambrienne.
En quoi cette découverte au Maroc est-elle capitale pour le registre fossile africain? Qu’apporte-t-elle à la place de l’Afrique dans l’histoire de la vie?
L’Afrique, en dehors de la Namibie, restait peu représentée dans les archives de la transition Édiacarien-Cambrien. Ce site marocain comble un vide géographique majeur et confirme que le continent africain a joué un rôle clé dans l’évolution de la vie complexe. Cela repositionne l’Anti-Atlas comme une région stratégique pour la paléontologie mondiale.
Cette découverte laisse-t-elle présager l’existence d’autres gisements similaires dans l’Anti-Atlas ou au-delà, en Afrique du Nord?
Absolument. Cette découverte suggère que d’autres gisements fossiles importants restent à découvrir, notamment dans des formations géologiques de la même période, encore peu explorées. L’Anti-Atlas, avec sa géologie bien préservée, est une terre prometteuse pour de futures découvertes majeures.
Quels sont les axes de recherche que vous envisagez désormais? Des campagnes supplémentaires sont-elles prévues sur ce site?
Nos priorités sont d’étendre les fouilles afin de mieux documenter la diversité des fossiles et leur répartition stratigraphique. Nous prévoyons également de mener des analyses géochimiques et isotopiques pour affiner notre compréhension des conditions environnementales de l’époque. Par ailleurs, nous souhaitons renforcer la collaboration avec d’autres laboratoires à l’échelle internationale, dans le cadre d’études comparatives. À terme, notre ambition est de faire de ce site une référence mondiale pour l’étude de la transition Édiacarien–Cambrien.
SOURCE WWEB PAR le 360, Hajar Kharroubi
Le 02/08/2025
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