Le destin des hommes (1). Nomadisme, sédentarité, ubiquité
le géoparc du jbel bani - tata

Vous êtes ici : Accueil > Mode de Vue de TSGJB – AMDGJB > Nomadisme > Le destin des hommes (1). Nomadisme, sédentarité, ubiquité

GJB

Le destin des hommes (1). Nomadisme, sédentarité, ubiquité

La planète Terre a 4 500 millions d’années (4,5 milliards) et l’humanité (les hominidés) environ 7 millions d’années. Notre histoire représente 0,15 % de l’histoire de notre planète. Ce qui caractérise notre évolution pendant ces 7 millions d’années, c’est son accélération. Jusqu’à la domestication du feu, il y a 400 000 ou 500 000 ans, le mode de vie restait proche de celui de tous les mammifères. L’homme est alors en concurrence directe avec des animaux plus puissants que lui et il n’a que quelques outils élémentaires en pierre pour leur faire face. Il est confronté aux intempéries et au froid sans autre recours que la chaleur solaire. Cette phase est de loin la plus longue de notre aventure : elle dure 6,5 millions d’années. Avec le feu, l’homme acquiert une supériorité décisive : la maîtrise du feu est un gage de sécurité et de confort. Le feu éloigne les animaux, qu’il effraie ; il constitue un outil de défense passive. Il réduit considérablement la rudesse de la vie car il permet de se chauffer et de cuire les aliments. Pendant des centaines de milliers d’années, l’homme du paléolithique poursuivra sa vie nomade de chasseur-cueilleur, maître du feu.

Puis progressivement, sur quelques milliers d’années, à partir de 10 000 avant notre ère, seulement muni de ses outils de pierre, l’homme commencera à cultiver le sol et à domestiquer les animaux. La sédentarisation prendra son essor à partir de -6 000 : c’est la révolution agricole, qui marque le passage du paléolithique au néolithique. De 5 000 à 10 000 ans de sédentarité sur 7 millions d’années d’humanité, cela représente  à nouveau à peu près 0,15 %. Nous avons été nomades pendant 99,85% du temps humain (1).

La vie des hommes, leur présent, s’écoulait ainsi lentement dans le nomadisme ou la sédentarité. Il n’y a jamais eu, jusqu’à aujourd’hui, que ces deux modes de vie et rares étaient les humains qui pouvaient acquérir les deux expériences. La quasi-totalité de l’humanité est aujourd’hui sédentarisée et ce n’est évidemment pas le développement des moyens de transport et la capacité de voyager qui remettent en cause cette sédentarité. L’idée assez répandue du retour du nomadisme se heurte évidemment au nombre. Si les 6 à 8 millions d’humains de la fin du paléolithique pouvaient aisément être des nomades, les 7 milliards d’hommes du début du 21ème siècle ne peuvent être que sédentaires dans leur écrasante majorité et le seront de plus en plus du fait du coût énergétique des déplacements physiques modernes. Les quelques dirigeants et cadres supérieurs qui se disent « nomades » n’ont aucun impact sur cette réalité statistique : nous sommes massivement sédentaires. Le fait avéré que les classes moyennes des pays développés voyagent très fréquemment ne change rien non plus : elles ont une attache géographique fixe. Les mouvements de population, devenus très importants sur la planète, ne remettent pas en cause cette sédentarité : s’implanter durablement ailleurs n’a rien à voir avec le nomadisme.

Mais l’être humain est fondamentalement un nomade, parce que son intelligence le porte à découvrir un ailleurs et à échanger. Ce tropisme nomade est conciliable avec la sédentarité physique actuelle car nous disposons de moyens complexes d’échange et de communication. Nous vivons aujourd’hui, avec la troisième révolution technologique, une évolution de grande ampleur qui nous porte vers une forme d’ubiquité virtuelle. Les concepts de sédentarité et de nomadisme, si on conserve leur acception traditionnelle, deviennent ainsi obsolètes. Le chasseur nomade du paléolithique se déplaçait pour rechercher sa subsistance. Désormais, ce sont les produits de consommation qui se déplacent pour venir à nous lorsque nous les demandons (ubiquité virtuelle de l’offre et de la demande). L’agriculteur sédentaire cultivait le même champ toute sa vie et ne rencontrait à peu près que ses voisins immédiats. Nous pouvons travailler à distance sur nos ordinateurs et rencontrer l’humanité entière sur les réseaux sociaux virtuels. Nous pouvons même créer, sans grande compétence informatique, un blog ou un site internet et proposer nos réflexions à un potentiel de centaines de millions d’êtres humains (ubiquité virtuelle de la communication). Notre mode de vie concilie ainsi sédentarité et nomadisme en utilisant deux interfaces. La première est un réseau physique dense, implanté sur toute la planète, de moyens commerciaux et de transport permettant de mettre tout produit à la disposition de tout demandeur solvable. Ce premier réseau a commencé à se mettre en place il y a plus de 2 000 ans : la Rome antique commerçait déjà avec l’ensemble du pourtour méditerranéen. Mais son développement planétaire et sa densification se réalisent au 20ème siècle. La seconde interface est un ensemble de réseaux d’échange d’informations (Internet, réseaux téléphoniques, chaînes de télévision et de radio, etc.) abolissant virtuellement les distances dans le domaine du transfert des données. Ces moyens de communication s’implantent surtout à partir de la seconde moitié du 20ème siècle. Ainsi notre marche vers l’ubiquité virtuelle commence très lentement voici 2 000 ans mais n’est vraiment ressentie comme telle de façon massive qu’au début du 21ème siècle avec internet.

Nul doute que ce qui vient d’advenir, après 7 millions d’années de nomadisme et une brève période de sédentarité de quelques milliers d’années, n’est que l’embryon d’une évolution beaucoup plus profonde de l’humanité. L’ubiquité était une qualité que les religions attribuaient volontiers aux dieux : la faculté d’être présent partout à la fois. L’ubiquité humaine a la fragilité de notre intelligence et de notre savoir : elle repose entièrement sur des réalisations techniques et ne donne que la faculté de communiquer ou d’échanger plus rapidement avec nos semblables. Mais notre destin semble bien être de nous rapprocher un peu des dieux que nous avions créés.

Le 25/01/2012

Source web par: rivage de boheme

Imprimer l'article

Les articles en relation

L'Océan en danger face à l'exploitation et la pollution humaine

L'Océan en danger face à l'exploitation et la pollution humaine Dans cette vidéo, Isabelle Autissier, la présidente du WWF France répond à nos questions sur la biodiversité mar

Savoir plus...

Parc national Souss Massa: Un nouveau circuit pédestre voit le jour (Géoparc Jbel Bani)

Parc national Souss Massa: Un nouveau circuit pédestre voit le jour (Géoparc Jbel Bani) Le Parc national Souss Massa a été créé en 1991. Il s’étend sur 33.800 ha et se positionne

Savoir plus...

Les secrets des orchidées

Les secrets des orchidées Les orchidées sont de belles fleurs exotiques qui, pour se reproduire, utilisent d'incroyables artifices. C'est sans doute ce qui les rend si fascinantes ! Méconnues, elles reste

Savoir plus...

Circuits Sud de l'Anti-Atlas

Circuits Sud de l'Anti-Atlas   Pour simple Berline : Tiznit - Bou Izakarn - Guelmim - Taghjicht - Icht - Foum El Hisn - Akka - Tata - Issaffen ou Tagmout - Igherm - Tafraout - Tiznit - Agadir Avec 4x4 : Plage Bla

Savoir plus...

La Sabulum thérapie, les bienfaits du bain de sable

La Sabulum thérapie, les bienfaits du bain de sable Tous les étés entre les mois de mai et septembre, alors que le tourisme du désert est au point mort, les professionnels de l’hébergement de

Savoir plus...

Moussems et Féstivals

Moussems et Féstivals Moussems et fêtes traditionnelles au Maroc : Moussems, fêtes musulmanes ou familiales, les festivités marocaines égrènent les saisons, rompent la monotonie quotidienne

Savoir plus...

Au Pays basque espagnol, les incroyables bisons d'Aitzbitarte

Au Pays basque espagnol, les incroyables bisons d'Aitzbitarte D'exceptionnelles figures vieilles de 14.000 ans ont été découvertes dans une grotte au Pays basque espagnol. Des œuvres d'art pa

Savoir plus...

Le Drâa, à travers les gravures rupestres

Le Drâa ( Sud marocain ), à travers les gravures rupestres Les gravures rupestres sont une matière première très riche et qui permet d’écrire l’histoire. Ces documents rupestres qu

Savoir plus...

Les plantes aromatiques et médicinales au Maroc

Les plantes aromatiques et médicinales au Maroc Le Maroc dispose d’un patrimoine de près de 800 plantes aromatiques et médicinales, ce qui en fait le 12e exportateur mondial. Les plantes aromatiques et

Savoir plus...

Sahel: trop de préjugés à l’encontre des éleveurs nomades

Sahel: trop de préjugés à l’encontre des éleveurs nomades C’est une première en Afrique. Une étude sur la perception de l’élevage nomade dans les médias a &eac

Savoir plus...

Bilan catastrophique pour le climat en 2016

Bilan catastrophique pour le climat en 2016 Le dernier rapport annuel de la NOAA et de l'American Meteorological Society (AMS) montre que températures, montée des océans et émissions de gaz à ef

Savoir plus...

L'art préhistorique en 5 images exceptionnelles

Au cours du Paléolithique supérieur (période qui débute vers 30.000 av. J.-C.), les Hommes éprouvent le besoin de représenter leur quotidien et d'exprimer leurs émotions. Prése

Savoir plus...

Les tags en relation

Recherche du site

Recherche avancée / Spécifique

Géoparc et Recherche Scientifique

Le coins de l’étudiant

Blog Géoparc Jbel Bani

Découvrez notre escpace E-commerce


Pour commander cliquer ci-dessous Escpace E-commerce

Dictionnaire scientifique
Plus de 123.000 mots scientifiques

Les publications
Géo parc Jbel Bani

Circuits & excursions touristiques

cartothéques

Photothéques

Publications & éditions